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Tu es un homme empêché. Qui s’est interrompu. Qui est resté collé à des choses quelconques. Tu fais du bruit. Tu remues dans les lieux publics. Sans savoir comment sortir de ta trajectoire. Et de ton histoire. Tu amplifies d’ailleurs tes récits. Pour les rendre pleins de vie. Tu absorbes des nourritures chimiques. Tu as peu d’amis. Tu débarques. À cause d’un truc déchirant, qui t’est arrivé y’a pas longtemps. Tu débarques nu. Tu vois des copains. Ils te disent d’appeler machin. Ils t’expliquent comment ça fonctionne. Ils te disent de le faire au nom de l’humanité. Tu débarques. Tu as des gros yeux éjaculés. Hors de l’orbite. Tu tiens un rôle. Tu as un beau rôle. Unilinéaire. Inexorable. C'est-à-dire que tu es l’imitation parfaite d’un être vivant. Tu marches dans des chaussures peu adéquates à la marche. Tu marches vite le long des murs, en baissant les yeux, en baissant ton pull. Tu as la sensation de mener une vie borgne au milieu d’une matière malade.
Un matin tu te réveilles et tu te décides à appeler machine. Pas machin. Machine. C’est plus intéressant. Tu veux comprendre. Tu appelles. Tu tiens le bon bout. Tu la fais suer. Tu lui murmures des cochonneries. Elle clapote. Tu lui dis je voudrais découvrir un nouveau continent. Tu t’agites, tu effectues une série de gestes embrouillés. Grâce à la voix radioactive de machine, tu gicles. Tu dis au revoir, d’une voix inarticulée. Tu as compris. Tu repars dans ta dimension d’ici bas. Que tu combats sans éclats. Dont tu voudrais crever les mots et les choses, même s’il n’en reste que des lambeaux de vide.
II.
Tu décides d’opérer un renversement. Au milieu de leur vision compartimentée. De leurs uniformités rectilignes. De leurs directives péjoratives. De leurs formes d’expressions dominantes. Tu vas faire sauter tes résistances. Travailler ton inexactitude. Tu veux perdre ton histoire. Ton histoire d’ustensile. Tu veux devenir poisson. Au milieu de la population. Tu cherches une destination. Tu veux être hors du sillon, hors de tes gonds. Convulsif. Mais pacifié. Dur. Alors tu effaces le contenu, l’émotion, tes paysages, ton histoire. En quelque sorte tu deviens une muraille. Déréglée. Tu vois bien que persévérer de toute façon, te condamnait à une morte lente (tu en as eu la preuve). Il ne faut plus chercher une harmonie (romantique), il faut simplement commencer à cultiver l’instabilité. Jaillir. En tel ou tel endroit. Hors de soi.
Tu décides que tu ne connais plus rien, que tu ne sais plus rien et tu fixes un nouveau point de départ. Demain. C’est mieux ainsi. Tu effaces tout, de ce que tu as pu percevoir des hommes avant. Tu vas évoluer d’une façon indéterminée. Tu entends des bruits de carillons au dehors, dans le froid – ces trucs en bois – tu reposes ton verre de whisky sur la table, puis tu pars te coucher.
III.
Tempête dans un crâne. Tu t’émancipes, donc. Tu n’es plus passionnel, complexe, savant. Tu es le noir. Atomique. Même si des pans entiers de ta personnalité se sont effondrés, tu as vraiment l’impression de t’être enfin ramassé. Ramassé par terre. Avec tes deux mains. Un objet que tu aurais ramassé, que tu aurais remis droit. Cassé par endroits. Tu te sais survivant. Tu vis différemment. C’est une bonne nouvelle. Tu as la gueule tordue dans les airs, tu cherches comme un chien avec ton gros nez ensanglanté une autre planète. Tu n’es définitivement plus une cible (les choses changent). Tu as chassé tes erreurs, tu ne te mêles plus de rien, tu te débrouilles avec ton âme, que tu as lavée à quarante degrés. Grâce à un whisky discount à goût javellisé. Tu as laissé tomber ce pauvre trucage doux et malheureux (singulièrement sournois) que tu étais autrefois. Tu t’es fait un enfant dans le dos : toi. Avec des grandes dents. Un enfant qui hait le pouvoir mais qui l’aura. Tu les laisseras stupéfaits. Avec des plaies. Tout sera programmé. Ignoble dans le moindre détail. Ils souffriront longtemps. Tu ne ressentiras rien d’extraordinaire. Tu seras sans étonnement. Aveugle. Sourd. Au fond de ta machinerie radicale, résonnera peut-être une quelconque sympathie. Fugace. Secondaire. Vite effacée par un émouvant mépris. La réactivation de ta vie passera par la destruction de l’ennemi. Sa chute te fera remonter à la surface. Tu pourras enfin habiter ton enfer et ses murs enveloppés de soleil.
[ C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche ] [ p s ]
UN HOMME SANS QUALITES
Aujourd’hui dans le train une jeune femme s’est assise en face de toi. Pas très belle. Aujourd’hui tu as très mal au ventre. Mais dans l’épuisement et l’incapacité tu n’as pas vomi. Aujourd’hui tu as énormément chié. Et puis tu as craché un peu de sang. Tu n’as jamais été aussi seul. Tu regardes ton corps et l’expression de ton visage. Tu regardes ton corps et l’expression de ton visage il ne se passe rien quand tu regardes ton corps et l’expression de ton visage tu es mort dans tes propres bras tu n’en sors pas de la peau. Ta peau te fait mal. Souvent tu ne manifestes pas grand chose. Pratiquement rien. Tu es mort. Pourri. En décomposition. Tu es dans le chaos existentiel. Tu regardes une dernière fois ta montre. L’heure de partir approche. Tu n’as rien dit. Ou alors tu n’as pas su quoi répondre. Comment ça s’écrit déjà : pauvre conne. Au tableau. Faites vos courses. Bonjour monsieur madame comment allez-vous… Boites à soufres et papiers calques pour séparer la viande de la feuille tu sors. Maintenant c’est la nuit et tu sens ton corps glisser lentement dans rien c’est silencieux délicieux opaque c'est la nuit. Comme les autres jours tu accèdes à quelque chose d’extraordinairement doux et d’appliqué. Comme les autres jours tu n’attends absolument rien de cette vie. C’est indiscutable et quasi-définitif. Les oiseaux jouent les enfants chantent le sable colle entre les deux. C’est la fin de l’après-midi. Il fait extrêmement beau. Tu n’exerces pourtant aucun angle d’attaque. Tu es dans l’isolement le plus complet. Tu traverses la table et des écrans plats. Tu es dans la très belle corporation des vaincus. Tu te retrouves ici. Chronologiquement très seul et pas bien du tout c’est. Calme. La tranche d’un livre flotte entre tes doigts c'est rouge comme les fleurs primitives de ce parc que tu traverses 67 fois par jour dans le même sens et c’est fini tu es chez toi. Dans la journée ton grand appartement est somptueusement vide. Il n’y a pas de bruits. Tu es sans doute ici quelque part. Là. Et tu commences à ne rien faire d'odorant ni de compliqué c'est simple et c’est souple et comme tout le monde. Tu es confortablement bien installé et quasi triomphant dans l’insipide et la transparence de l’eau tu t'en laves les mains le corps le pouce bien enfoncé dans le cul bien profond. Tu constates que tout ceci est d’ailleurs fort déplaisant et formellement injuste. Il est très tard il est très tôt t'avances dans le froid dans le rien du tout dans la fenêtre dans la porte dans quelque chose de moue. La température ambiante est légèrement tombée. Tu n’avances pas durablement dans le temps ni dans les choses c’est comme écrire une lettre d’amour avec le mot je t’encule à l’intérieur du vide tu mâches des trucs devant la télévision suivant les règles de l'art et leur principe. Tu te touches et t’éjacules même pas très vite c’était bon comme de manger des sardines à l’huile dans le frigo. Tu as nettement plus froid que les autres jours. Tu es maintenant chez toi. Rien n’a bougé rien ne bougera. On a l'impression que le vent s'est calmé. Tout est miraculeusement bien à sa place. Cependant une nouvelle odeur est entrée dans ta chambre. Une odeur de sel mélangée avec du thé. Une odeur que tu trouves assez désagréable une odeur que tu gouttes sur ta peau quand tu dors comme un enfant. Tu regardes ton corps dans la chambre ensoleillée. Tu as souvent cette obsédante impulsion à vouloir toucher le corps des jolies femmes dans des lieus de va et vient permanent qui coulissent ensemble dans la même direction. Situation logique. Parfaite. Palpable. Et quasi violente face à ton ultime échec. Tu observes étroitement ici cette même blessure. Légèrement plus entamée. Toujours là toujours aussi présente. Dans la grande chambre ensoleillée. Tu es maintenant au centre d’un combat nettement plus rapproché. Tu te mords à l'aisselle. T'aimerais sucer ta bite comme un point de suspension pour en finir la mort. Tu n’as plus d’orgasme. Tu te branles et ça tombe bien c'est aujourd'hui. Tu n’as plus d’orgasme tu te branles tu n’as plus d’orgasme tu te branles tu n’as plus d’orgasme tutebranles tunasplusdorgasme TU TE BRANLES tu n’as plus d’orgasme TU TE BRANLES TU N’AS PLUS D’ORGASME TUTEBRANLESTUNASPLUSDORGASME tu te branles tu n’as plus d’orgasme. Tu te bran tu n’as plus d’or. Entre les doigts c'est fini la lumière. Quelque chose de nouveau pue dans ta bouche. Tu sens la pourriture et la mort. Tu ravales ça sent bon. Tu te branles très peu. Il y a différentes couches de peaux les unes dans les autres. Encastrées. Il y a de la salive morte dans ta bouche. Il y a le silence mainte fois répété que tu craches. Il y a l’amour amplifié que les autres font derrière ton dos tu les entends. 4 fois par jour et t'en crève de tout ça. Il y a du feutre rouge un liquide gras qui coule. Il y a ton corps dans l’eau froide. Il y a aussi cette peur du pourrissement dans les différentes fonctions de l’organisme. Aujourd’hui il ne fait beau. Il pleut. Tu marches énormément. Tu ne ressens aucune fatigue. Tu marches et tu regardes machinalement des choses s’en trop bien les distinguer. Les souvenirs les plages désertes les champs de dissections. Aujourd’hui tu as longtemps marché dans la grande ville au milieu d’autres gens dans la lumière des phares. Aujourd’hui apparemment neuf et humilié. Mystérieux et transparent. Dans la grande ville tu es souvent silencieux. Provisoire. Introuvable et vide. Dans la grande ville tu es souvent à la proximité de rien. Et extrêmement bien détruit. Dans la nuit. Tu marches quatre fois par jour tu trembles un peu t'as peur. Tu es dans une espèce d’agitation trouble. Une ombre s’écarte. Il y a un léger bruit derrière ton dos. Il y a un chien sur son os et dans sa pisse. Il y a un homme apparemment qui chie c'est toi plié en quatre les mains dans la peinture. Il y a la parfaite macération des femmes et des hommes à l’intersection des grands cinémas et des grands immeubles. Un train vide traverse la grande ville. Il y a des jolies femmes qui marchent dans la rue. Tu es très excité. Tu as très envie de faire l’amour de baiser de te vider de couler disparaître dans la peau pour ne plus jamais revenir dans le contrôle. Ta peau te fait quelque chose dans la main. Tu as très mal. Quelques secousses encore ressenties au bas du ventre ça va passer ça ne passe pas. Au bout de quelques minutes tu constates également que tu es extraordinairement bien installé dans l’ordinaire continuité des choses. La nuit est tout à fait remarquable. La nuit est calmement appliquée. Autour de toi il n’y a plus de peau à sentir à colmater à résoudre. A mordre ou à faire mal. Il ne reste que ta propre peau à toucher. L’écriture cette salope que tu couches dans d’autre draps blancs même pas envolés. Tu bandes devant des films pornographiques. Et tu jouis seul. Dans un mouchoir. C’est blanc crème et un peu gris sur le dessus comme de la merde de pigeon. Que tu replies dans un journal dans ta mémoire. Il y as des journées à moitié déterrées. Des journées particulièrement calmes et pourtant définitives. Des journées excessivement radieuses et très efficaces avec beaucoup de silence et beaucoup de vent aussi. Tu es très inutile. La nuit tu vois des hommes avec des blouses blanches dans le grand hall. Tu entends des voix. Il y a des objets coupants. Une fenêtre est grande ouverte dans une salle blanche. Ton corps est démoli. Ton corps est recouvert de sang. La nuit le vent disperse tes ongles. Maintenant tu es chez toi. Chez toi c’est un peu comme après la mort d’une personne. Sépulture. Enterrement. Deuil. Période de cicatrisation. Inéluctable et très longue. Tu ne parles qu’avec la mort. Tu ne parles pas avec les gens. Ta petite sœur est morte t’as jamais eu de petite sœur tes parents en ont même pas été capable. Ton grand appartement dicte le silence et les mêmes mots. Le même nom la même musique. Cependant tu remarques qu’une lumière très discrète est entrée progressivement dans ta chambre. Elle passe maintenant un peu au travers des rideaux jaunes. La lumière est passée très lentement sur ton corps. Le temps et la parole ont disparu. Tout ça c’est fini. Mais non. Il y a encore un peu d’eau froide qui coule entre tes jambes. Tu n’as pratiquement pas dormi. Le ciel est presque bleu avec quelques étoiles. Dans le ciel la température a sensiblement baissée. Les cloisons de ta chambre sont légèrement plus froides. Excentrées. Tu as maintenant le choix entre différents médicaments et un peu d’alcool. Tu regardes ta montre. Quatre heures moins dix ou moins 4 quand tu respires. Tu choisis finalement une autre solution. Tu ne prends rien. Excellente décision. Tu laisses de côté les nouvelles amplitudes et les nouvelles dimensions. Il est important pour toi ici de ne pas pouvoir t’échapper. Tu ne t’échapperas pas. Le travail se fera tout seul. En quinconce en profondeur en mouvement en surface. Ce travail sera long. En attendant tu mesures à peu près tout comme tu pouvais t’y attendre. Mais en profondeur seulement. Tu arraches autour de tes ongles des petits morceaux de peaux mortes avec tes dents quand tu respires tu rêves d'un amour pur d'une écriture blanche de peindre la neige. C’est un peu plus tard que le soleil est entré directement dans ta chambre. Scintigraphie osseuse. Balayage du corps. Tendinite. Hyper-fixation de la cheville et du pied. Encore en évolution à droite. Injection : bras droit. Films remis en main propre. Merci et au revoir. Tu marches sous la grande ville. Le revêtement du grand souterrain est recouvert de papiers sales et gras. Les couloirs et les longs labyrinthes sont imprégnés de regard non contemplatif et de grandes publicités. Le sous-sol sent la chaleur et la pisse. Les gens autour de toi sont vraiment très tristes. Marqués. INFLEXIBLE COMME LA PASSION. Tu remarques très tôt ce matin qu’une autre espèce de rat est entrée progressivement dans la grande fosse aseptisée. Très légère impression que tu pues aussi. La correspondance annoncée ne vient toujours pas. Aucun métro n’arrive. Tu attends. L’existence de ta petite vie est là. Elle s’écoule lentement. Pas bien vite. Tu la sors et la déballe minutieusement de ses abdications et de sa chambre froide. Ta vie est maintenant douce. Nettement moins rapide. Une espèce de petite mort dramatisée comme dans les livres. Hésitante. Mal dessinée. Pas bien écrite. Pas encore bien définie. Une petite mort avec ses dents. En plein jour. Et dans ses différents programmes informatiques. Cassés. C'est du goudron sur verre. C’est très tôt ce matin que tu as ressenti toutes ces choses là assez désagréables. Ce sentiment extrêmement pénible. Tu es seul et tu prends sérieusement conscience que tu vas mourir. Tu n’as pratiquement rien mangé. Tu t’inquiètes pourtant de la maigreur osseuse des filles qui marchent sur les podiums. Aérogare. Compartiment numéro six. Quai deux 6. Voie six. Six cent soixente six c'est la réalité d'une oeuvre. Un homme sans qualités. Plan de l'exposition dans le rétro pour un baiser volé sur la peau. Des brous de noix. Une salle entièrement noire. Traversant le froid. Tu écoutes très attentivement les gens assis autour de toi sur une banquette en moleskine. Argent, gauche, droite, baise, sida, la guerre, le foot, l’avortement. L’art conceptuel d’Andy Warhol à Christian Boltanski. L’utilisation du corps et des préservatifs. Les grandes portes s’ouvrent et se referment. Tu te retrouves dans la nuit. Merveilleusement bien esquinté. La peau derrière ton visage te fait très mal. La peau est nettement plus marquée. La peau de ton visage est un peu plus sèche et légèrement plus creuse. Ton corps est maintenant à l’horizontal. Ton corps habituellement plus rugueux au toucher. Tu n’as pratiquement pas dormi. Tu n’as absolument rien touché. Tu te sens particulièrement vide. Tu es comme un sillon tremblant à quelques centimètres les couleurs la lumière inégale inverse d'un tableau à l'autre. Dimanche. Il ne pleut pratiquement plus. Etre là. dANS L'éCOULEMENT DU TEMPs_pROPRE et SubSTANCIEL. Tu viens de respirer. Sur une surface intégralement balayé. Il ne fait pas froid. Tu es dans une grande salle blanche. Tu es seul au féminin ça fait tu est seule. Il est maintenant très tard. Tu écoutes toujours la même musique. Packd like sardines a crushd tin box.Tu constates également que tu n’as absolument rien fait de cette journée C4EST TROP TARD. Violemment le sombre. Un effet de bas-relief. Tu regardes aussi fixement des objets qui ne désignent rien et qui n’ont vraisemblablement aucunes importances entres eux. Quelques fleurs et des épis de blé pourrissent tranquillement dans un grand sac en plastique sur le dessus d’un petit meuble vert et blanc. Sympa vachement bien ? Echographie de la cuisse droite. Confirmation de deux calcifications linéaires sur l’aponévrose externe du semi-membraneux. L’une de 7 mm. L’autre de 2 cm. Intra-musculaire. Ton corps. Encrevé. Une dégradation lente et progressive. Une altération extrêmement profonde. Organique et cérébral. Tu prives volontairement ton corps de nourriture. Ton ventre a mal. Ton corps se dégrade. Ton corps est en train de pourrir. Tu continues pourtant sans relâche jusqu’au fond JUSQU'AU BOUT marqué le sol orienté de façon inversé PARCE QUE. Tu continues jusqu’à la limite de ce qui n’est plus supportable et plus possible. Ton inclinaison parfaite devant la porte de ton appartement. Ton corps est enfin disponible pour la tâche d’ombre qui avance. Il est important pour toi ici de comprendre que l’expérience de la vie ne t’apprend rien. Ni le froid. Ni la brûlure du sel. Ni l’odeur d’un sexe humide. UN SYSTEME DE POTENCE AUX MURS. La longue plaie ne se cicatrise pas. Ta chambre est très silencieuse. Ta chambre est complètement tranquille. En boucle. Il est maintenant onze heures treize sur le petit cadran lumineux de la chaîne stéréo-hifi. Dehors des enfants jouent dans un grand bac à sable orange. Ils sont heureux. Il fait extrêmement doux. Il fait un temps magnifique. Tu tailles dans le gras. Tu travailles la lumière de quelqu'un d'autre. Tu racles sans efforts de la pourriture sur des fruits. Tu observes l’écoulement du pus sur différentes plaies. Tu attaques violemment ta peau avec les dents. Tu as très mal bordel de merde répéte que tu as très mal bordel de merde après moi. [ UN AUTRE CHAMP MENTAL_où des mouvements éclairés se détachent. ] Il y a un peu de sang. Il est clair maintenant que tu ne vas absolument pas bien. Tu regardes les chiffres rouges inscrits à ton radio réveil. Il est dix sept heures trente. Tu repenses au suicide. Tu n’as pas peur de la mort. Tu n’as absolument pas peur de mourir. Tu as tout simplement peur de ce qui précède. 42 kilomètres 195. A travers la pluie ET LA LUMIERE NATURELLE d'un mur plus ou moins coloré. Fluide. Les chiens qui gueulent. Le revêtement imperméable complètement pourri de l’asphalte. Le vent sec. Le point qui ne part pas dans les ischio-jambiers. Un autre corps en ligne. Tu sors momentanément d’une salle de cinéma. Breaking the waves de Lars van Trier en V.O. Tu ne t’en remets pas de toute cette beauté comme l’autre jour dans la salle de l’exposition de peintures montrant des corps qu’on ne pouvait pas toucher derrière du plexi glace avec sa langue avec ses doigts en bas-relief pour l'abstraction les lignes noires et le papier venin. Puis tout redescend magnifiquement dans la rue. Tout redescend. Anormalement trop vite. Tu es maintenant dans la culture jetable. Tu es dans la normalité progressive. Tout redevient presque silencieux. Bruyant. Passablement merdique. Il faut pourtant continuer. Tu continueras donc avec insistance. Tu marches le plus longtemps possible à côté d’angles bizarrement tagués. Tu marches à côté du fer forgé des lances recourbées vers le haut. Il y a des arcades sommairement cassées. Des colonnes irrégulièrement détruites. Tu évites soigneusement les très nombreuses fleurs ornementales annelées d’ocres et de bleues. Il n’y a pas eu de changement de direction pour aller jusqu’à chez toi. A aucun moment. C’est toujours tout droit. Maintenant tu aperçois ton immeuble. Tu es devant la porte de ton appartement. Tu rentres. Tu t’ouvres longuement dans un mur froid. Tu as définitivement disparu dans la pierre. Aujourd’hui tu t’engouffres dans un métro sale et puant après avoir donné ton sang pour faire le test du sida. L’infirmière s’est donnée un mal de chien pour trouver tes veines. Puis elle a glissé l’aiguille sous l’épiderme de ta peau. Le petit hématome a grandi et te fait mal à la pliure du bras. Tu appuis très fort sur le petit morceau de coton mauve et sur le bout de sparadrap. Maintenant tu attends les résultats de tes analyses de sang. Tu n’aimes pas cette ville. Tu consultes des livres de médecine pour mieux te convaincre d’avoir contracter le virus du sida. Sport intensif. Beaucoup de course à pied. Ton corps a très mal. Tu n’écris pratiquement pas. Tu regrettes d’avoir mis ton sang dans un tube. Tu viens d’avoir trente quatre ans. Ou 42 ou quarante 3. Tu chies TU CRACHES. T’éjacules. Tu racles le fond de ta gorge. Ton corps a mal. Tu palpes ton cou et tes aisselles à la recherche de ganglions. Tu as beaucoup trop de salive dans la bouche et de peinture géométrique un peu. Salive très blanche. VA ET VIEN. BROUS DE NOIX. Tu recraches. Tu évites toutes paroles inutiles. Tu regardes les disques de fer sous les T.G.V. gris. ATLANTIQUE. Un couple s’embrasse dans la rue. Il pleut. Tu as froid au sexe comme jamais. Tu bandes un peu. Maintenant tu as très envie de chier. de BAISER DE FAIRE L4AMOUR A QUATRE. La forme ou la matière. Un jeune homme au crâne rasé dans la salle d’attente de la maison médicale. Ce jeune homme te regarde. Ses dents sont pourries. Vraiment dégueulasse. Ton corps a très mal. Ta peau extrêmement bien bousillée bien tendue comme si tu étais sur une toile une couleur de ton enfance. Tu attends encore un peu. C’est bientôt ton tour. Tu attends pour savoir si ton corps va bientôt pourrir ou non. Tu regardes par la fenêtre. Aujourd’hui tu as pris des photos en noirs et blancs avec un appareil jetable dans trois cimetières différents. Tu as photographié plusieurs tombes. Un chat noir. L'ESPACE ET LA LUMIERE. Une fleur orange coupée dans un verre d’eau. Un carreau cassé. Un banc. Tu as photographié au cimetière Montparnasse les tombes de Tristan Tzara et Jean Seberg. Pouvoir en finir avec ton corps. Le balancer du haut de la falaise. Punir ta chair. Lui faire très mal. Lui faire sentir qu’elle est inutile sur ton corps. L’ensevelir dans de l’eau puante et sale. Débarrasser la peau de ton corps sur une table froide. Ton corps enfin débarrassé de sa chair sur une table de dissection. L’enterrer vivante et la laisser pourrir.
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