là
Ecrit par on gèle le ven, 21/11/2008 - 18:17.
21/11/2008 - 00:00
21/11/2008 - 23:59
la vie d’ma mère s’est arrêtée là, là juste à l’endroit d’où je te parle pas ici ou là mais juste à ce point là et ce jour là pas un autre jour un lundi ou un mardi, non non, ce jour là et pas un autre et pas à n'importe quelle heure non plus à ce moment là pas une minute avant ou après juste à ce moment là à la seconde prés juste ce jour là à cet endroit là d'où je te parle. Elle s'est arrêtée là la vie d'ma mère. Ca aurait pu être ailleurs, en Italie ou à la Bourboule dans l'ascenseur entre deux étages ou dans sa voiture, ou celle d'un autre, au theatre ou au rayon surgelés du Miniprix, non non elle est tombée là à cet endroit là, là précisément, ici, juste là,àl'endroit même d'où je te parle, tombée comme ça là sans même se douter que ce serait cemoment là précisément.
Pas une minute avant ou après.
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Ongèle je voulais te dire
Ongèle je voulais te dire que ce matin très tôt j'ai pensé à toi et à ton texte...
je me demandais si ton silence était le fait que ce texte disait une vérité et quand je t'ai appelé au téléphone l'autre soir ce n'était pour te parler que d'un soucis de forme sur ce texte, ou plutôt un soucis technique mais peut-être dû à la forme que tu avais donné et que internet ne supportait pas. En fait ça me travaille ton "là tout de suite", surtout qu'en fait ton texte n'apparaissait pas. Je dis que ça me travaille surtout aussi parce que déjà je sais plus si ta mère est vraiment morte, si vraiment elle est déjà morte ou si elle vient juste d'y passer, juste juste avant que t'écrive le texte alors elle est morte ? elle tombe et toi au lieu de la ramasser tu écrits pour dire qu'elle tombe, c'est ça ? à quel moment précis en fait je me suis demandé qu'elle mourrait dans le texte, mais j'étais trop gêné pour te le demander au téléphone (il vaut mieux en parler sur internet c'est plus discret), je veux dire que si je te le demande là maintenant tout de suite c'est que maintenant tout de suite ça me travaille encore plus, ça me travaille car je viens de lire un livre, un bout de livre, un grand bout mais je n'ai pas fini de le lire, mais je vais le poursuivre après (je peux pas faire comme ta mère et surtout comme toi qui écrit pendant que sa mère meurt ou qu'elle vient de mourir, je veux dire : une chose à la fois!), un petit livre d'Agamben (justement on venait d'en parler ici, tient!) sur le contemporain. Et en fait il parle de qu'est-ce qu'être contemporain et toi tu écrits un fait qui vient juste d'arriver (ou alors ta mère meurt juste à la toute fin de ton texte, ça on ne sait pas trop, ou elle n'en finit pas de mourir le temps de l'écriture, à chaque mot, à chaque lettre elle meurt, ou alors elle attend de mourir à la toute fin, elle tombe quand tu as fait les derniers réglages (car tu as dû passer du temps pour la mise en forme en plus !) ou alors c'est quand moi j'essaie de remettre en forme le texte, désespérément je dois dire, car j'ai dû le repasser par le traitement de texte word, puis par un traitement de texte plus basique (word pad) pour le remettre dans word et ensuite sur le site pour qu'apparaisse enfin le texte et que ta mère enfin puisse mourir (?) C'est la question que je me pose. Car en fait Agamben parle du présent, de l'actuel, et que être contemporain veut peut-être dire être inactuel, ou plus précisément écrire un présent qu'on ne voit pas (ça c'est moi qui pense ça) mais nous apparaît après, bien des fois après et le texte finalement devient présent alors qu'il ne nous apparaissait pas comme tel lors de l'écriture.
Plein de fois le texte deviendra actuel
donc le tient à chaque lecture ta mère pourrait mourir
En fait ça m'a d'autant intéressé de le lire car il parle d'une certaine forme de disparition
il dit (Agamben) que c'est comme si on voyait dans le contemporain les ténèbres et non les lumières de l'époque, c'est comme si on voyait aussi dans la nuit de l'actuel la lumière qui pourrait venir mais qui disparaît, qui en fait disparaît plus qu'elle n'apparaît mais qui en tout cas est là, sa présence est effective (il fait la comparaison avec l'espace et le noir qui entoure les étoiles, tout ce noir c'est la lumière de galaxies qui s'éloignent de nous plus vite que la vitesse de la lumière, la nuit est donc la trace de cette lumière qui disparaît, s'éloigne de nous très vite. Donc, en fait c'est assez drôle le parallèle avec cet accident qui est arrivé à ton texte rendu invisible et qui justement parlait de quelque chose qui se passait au moment même où tu écrivais, à tous les moments de l'écriture en fait où ta mère disparaît.
charles
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on gèle
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