essai de texte sur la politique de l'intime
Sarkozy c’est le politique contre soi, le politique pour la politique de la fermeture et du recours à l’identitaire. Qu’est-ce que l’identité ? un mot galvaudé, repris par les culs de jatte de l’esprit, les cafouilleurs en sensations et les politiciens qui pensent au rabais. Pour parler de l’identité il faudrait déjà parler de ce que c’est que l’expérience, de ce que c’est que l’intime. L’intime est l’expérimental de soi, c’est une imitation aveugle de ce qui nous vient de partout. Nous sommes d’énormes capteurs à sensation, nous sommes de vraies baudruches vides qui ne demandent qu’à se remplir de savoir. Mais lorsque nous parlons de nous-mêmes, lorsque nous y allons de notre petite expérience de vie et lorsque nous nous abandonnons à notre biographie, nous faisons injure à ce qui nous est intime. L’intime ne passe jamais que par des choses trafiquées, car l’homme depuis qu’il n’est plus singe est dans son devenir technologique, quoiqu’il fasse. L’homme utilise la parole et cette parole, cette voix toute spéciale, ce faux grain de voix, cette langue qu’il dit toute personnelle ne lui appartient en aucune manière. La parole est la première invention, la machine première qui lui fit se détacher du naturel. Ce n’est pas forcément glorieux, mais tout appel à un retour à la chose naturelle est une même aberration que les replis douteux dans la communauté et dans la chose identitaire. Aujourd’hui, il n’y a pas plus intime que ce qui sort par la bande et qui nous vient d’une absence momentanée de notre corps en propre. Propreté et identité sont des mots abjects qui n’ont rien à voir avec ce qui nous touche au plus profond de nous-mêmes. L’intime est externe, l’intime ne vient pas de soi, l’intime est l’anti couverture à soi, l’anti repli, mais plutôt le perméable qui nous vient du dehors, par toute la vie au dehors. Pas d’intime en soi, sinon porté par dehors, habité par dehors et habillé par l’autre. L’autre est porteur de notre intime. L’autre en tant que parleur et écouteur et vivant nos expériences, l’autre nous rapporte à nous-mêmes mais par des chemins de traverse, des chemins détournés, par les objets diversifiés de la parole (et qui, certes, sont aussi utilisés pour la communication et les appels aux replis identitaires du monde politique et médiatique). L’intime passe finalement mieux par la trame des objets qui servent à nous prémunir de l’identité, c’est par-là que va passer l’expérience réelle de soi et non par ce qui sort réellement d’un soi qui serait le trou, le vide expérimental. Soi est le saut dans le vide et dans l’absence d’identité, soi n’est pas dans la question de l’identité, l’identité est une chose imbecile qui ne traverse rien, soi est plutôt dans la traversée nomade de tous les corps, corps de paroles et d’affects et corps de présences multiples, corps de temps et corps d’absences à tous les niveaux, tous les niveaux de l’absence se conjuguent pour former l’être, tandis que l’identité est un faux plâtre qui fait croire à la personnalité. Il n’y a pas de personnalité, il y a des absences conjuguées qui forment un individu, des absences et des étirements, des impossibilités et tout un tas de surprises qui font bondir son esprit hors de la communauté, tout un ensemble de mystères et de sursauts qui arrivent dans l’existence, les étrangetés le travaillent, la bizarrerie le questionne, c’est tout cela qui peut façonner l’individu plutôt en quête de ce qui ne lui appartient pas que ce qui lui est proche, c’est-à-dire identitaire. L’identité est l’appauvrissement, le vieillissement, tout ce qui rassemble identitairement est un vieillissement irrémédiable. Mais pour contrer l’identité ce n’est pas nécessaire de manger autrement, ça se fait seul et dans l’absence de repaires trop inscrits, trop guidés par des adultes en mal d’inspiration (identitaires ?). Il suffit juste de laisser traîner des livres parfois, pour que l’étrangeté nous vienne. C’est là le problème d’aujourd’hui, c’est de faire croire qu’il faut emmener l’autre à sa pauvreté pour qu’il change. L’autre au dehors, l’autre dans son autre est aussi pauvre et ce n’est pas forcément là, dans l’attouchement et dans un réel trafiqué d’apparences que l’on va rencontrer la bizarrerie de soi, le vide de quelque chose qui nous attire et nous forme, c’est aussi par les signes indistincts que l’on s’accroche, par un débordement de signes, de paroles, de noms, de vitesses différentes, de sons que l’esprit voudra manquer de souffle. L’identité est un souffle coupé, parce que trop dans son souffle personnel, un ratatinement de la luette, un essouflement rapide et des idées sans consistance, tandis que soi apprend à perdre le souffle parce qu’il saute dans le vide. Les communautés sont ce qu’il y a de pire pour la jeunesse qui ne demande qu’à vivre, c’est-à-dire à sauter dans le vide de l’autre. Et l’intime du politique alors ? Et l’intime de Sarkozy dans tout ça ? C’est comme les mauvais romans autobiographiques. C’est comme les mauvaises pièces de théâtre avec tout le tremblement dans le grain vrai de la voix nue. La voix vraie et nue de Sarkozy n’est pas encore pour demain. La voix vraie du papa-razzy président. Ne faisons pas confiance à cet homme qui, plus qu’un autre, joue avec son intime, car ce n’est pas ça l’intime. Beckett nous l’a montré avec la Dernière Bande. C’est la machine qui explose et déraille et l’être est dénué face à cet intime furibard. Mais ce dialogue dans l’énervement le construit plus qu’il ne l’abime. L’être Beckettien est en forme, contrairement à nos clônes politiques, car l’épuisement de ses personnages forment la trace d’une vérité à l’existence, une vérité que tous les discours politiques et les replis identitaires nous dissimulent.
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