Charles Pennequin et Armée Noire

Tomme des Pyrénées

Ça se taire.

09/07/2011 - 23:34

Une journée comme une autre dans une valise qui mène à une autre valise laquelle mène tout à la fin à la valise initiale. Est-ce qu’il est nécessaire de s’enfoncer encore dans la description de toute cette merde.

Je n’ai rien d’autre à dire que ce qui ne se situe pas dans ma tête mais dans mes yeux, lequel habite bien vite ma langue. Et c’est tout ce qui m’intéresse. Ma langue et mes yeux hébétés. Ça ne tourne pas court. Ça tourne et ça tourne bien effectivement. Pas comme dans la tête. C’est un bon manège humide, qui s’appuie sur des images et des sensations. Moi je crois à la gorge. Je crois aux gens qui ne peuvent ou ne savent pas s’exprimer. Je ne sais pas faire. Je ne sais pas dire. Comment le dire. Sur quel ton. Quoi dire. Faire la transition. Je ne sais pas calculer. Je ne sais pas assembler. Alors je cherche dans ma gorge, c’est-à-dire mon impuissance. Ça m’intéresse bien fort. J’aime ça bien fort. J’aime ça bien fort le délire. Le délire dans la gorge. Parce que j’ai connu ça bien tôt. Je veux creuser. Je ne veux pas creuser mon intellect comme papa qui a lu tous les livres et aussi du coup j’ai lu tous les livres. Je veux creuser. Ce qui reste quand tout est mort, quand il n’y a plus papa, maman et ma sœur et que le livre n’existe plus et que la référence n’existe plus. Que l’histoire qu’on me sert est blanche. Souvent l'histoire était blanche avec papa, maman et ma soeur. Ma soeur était blanche et psychiatrique. Il n'y avait pas de réponse dans les mots. Les mots jaillissaient à profusion dans la bouche de ma soeur blanche. Moi ce qui m’intéresse c’est ce qui reste dans la gorge quand tout ça n’existe plus. Dans la gorge il n’y a souvent plus rien. Bien vite. Ça arrive très vite. Dans la gorge on dit aussi que c’est la folie. C’est souvent les intellectuels qui disent que c’est la folie. Les intellectuels fantasment sur Artaud. Les intellectuels souvent n’ont pas été faire un petit tour dans les pavillons psychiatriques. Ils trouvent ça fun la folie. Ils la tartinent sur un peu tout. Un peu tout qui crie de la gorge. La folie, elle ne sort pas de la gorge, parce qu’elle est sous neuroleptiques dans un pavillon. Elle ne crie pas trop en vrai. C’est un légume. Alors ce serait bien d’arrêter de penser à tout et à tort. Allons dans la gorge. Et puis surtout plus bas, dans ce qui s’arrête de respirer parfois alors que ça respire encore. Le sang c’est la voix. La voix n’est pas la tête. La voix est parfois dans la tête pour les plus chanceux. Ça ne fait plus qu’un. C’est un équilibre délicat. La voix est un aller et retour entre la gorge et la tête. Pour les encore plus chanceux, la voix vient de plus bas que la gorge. Elle vient des boyaux, de la merde, du centre. Il y a un centre. Dans le ventre. La voix est enfouie là. Et la plupart d’entre nous ne la connaissons pas. C’est délicat. C’est compliqué. Il faudrait faire remonter la voix depuis le ventre, lui faire absorber la tête puis enfin la faire résonner dans la gorge. Puis la bouche. La bouche est bête souvent. Elle a un sale rôle.

La voix c’est le sang.

Je ne veux pas m’être planté sur l’individu que je côtoie. Je ne veux pas qu’il ne me connaisse pas comme je me connais, se dit l’humain. C’est une blessure à nouveau, après la Grande Blessure des Parents. L’humain veut être SU.

Je ne veux pas qu’on croie me cerner, qu’on m’emballe avec mon cursus, mes relations, ma future rentabilité. Je veux qu’on m’aime pour l’enfant que je suis, se dit le pauvre humain, absolument incapable d’une empathie pareille pour autrui. L’humain a peur. Toujours bien peur. Toujours bien fort bien peur.

La voix, donc.

La voix s’en branle des humains.

La voix n'est pas papa, maman, les livres, Marcel, Jean-Michel et le PMU.

La voix essaye de s’en branler.

Plus elle vieillit, plus elle s’en branle pas mal.

Cette voix dans la panade qui manque de directives, parce que la pauvre tête c'est papa maman les oranges les potes et le PMU. La voix s’en branle. Qui je suis. Dira toujours la voix. Et personne ne lui répond, surtout la tête qui s’en branle. Tout le monde s’en branle de cette voix restée à l’état de fœtus dans un ventre, qui tente de s’infiltrer dans la gorge. Et tout le monde s’en branle de tout le monde. Ça ne communique pas. Que dalle. Que dalle la voix dans la gorge. La voix qui demande qui je suis. Qui je suis quand il ne reste rien. Qu’est-ce qu’elle fait la voix quand il ne reste rien. Qui je suis quand il ne reste rien.

Qu'est-ce qu'elle a fait la voix déjà quand il ne restait rien ? Elle a lu des livres. Et ça ne suffisait pas.

On pense trop.

On oublie le noyau dans la gorge.

La boule dans la gorge.

Qui a toujours hésité.

Qui n’a fait qu’hésiter.

Qui ne sait pas.

Qui ne sait pas pas.

Qu’on laisse en suspend.

Qu’est-ce qui se passe quand tout est mort, quand ils sont tous partis, est-ce que la voix rigole, et peut-être même que la voix rigole, entrecoupée de sanglots.

Qu’est-ce qu’elle dit, la voix.

 

 

 

a peut - être un rapport::

Une jeune fille et puis une valise.

09/07/2011 - 21:19

Énième digression autour de la jeune fille.

a peut - être un rapport::
Syndiquer le contenu