je ne vais pas vous gêner avec ses histoires - mes histoires écrites comme elle dit - d'écriture. ce n'est pas que ce soit une honte, plutôt une gêne. c'est compréhensible - me semble-t-il dit-elle - qu'on ne veuille pas gêner les gens. il y a des gens et il ne veut pas les gêner. ce n'est pas une honte dit-il, bien que ce soit une honte d'écrire dit-il, sans fin, si loin de toute finesse. souvent, elle a tellement peur de gêner qu'elle écrit il pour dire elle. et l'inverse, mais que lorsqu'elle a honte. car cela la gêne de dire honte. les gens sont gênés par ce mot, ils se le renvoient à toutes leurs lectures, et ils disent qu'elle veut faire sa philosophe avec ce mot, ou, pire, elle fait sa bonne soeur. juste parce qu'il a eu le malheur de dire un mot qu'elle a écrit. devant tous, et en étant gêner, en plus. alors qu'ils nous l'ont volé ce mot. c'est eux qui devraient avoir honte, de nous gêner comme ça, en reprenant nos mots. et une histoire lui vient, c'est une histoire à elle, une de ses histoires dont elle aurait honte qu'elle gêne quelqu'un. pour une raison simple qu'elle n'a jamais aimé les sans-honte, comme ceux qui volent les mots tels que honte, et pensée, et idée, et toute une horde de mot qu'ils ont volés, qu'ils ont cachés, dans leurs petites bourses en toile, naguère de tissu et jadis électronique. ou l'inverse, il ne sait jamais lequel est jadis et laquelle est naguère. quelque part, au point où elle en est, cela revient au même. et dans cette histoire, une des siennes, mais qui ne lui appartiennent point, les mots enboursicotés sont mis en circulation. et il y a des gens qui se servent. ils viennent et ils voient qu'il y a des types qui ont volés des mots, et qui ont mis tout ça dans un sac en tissu, dans leurs petites bourses. et les gens, pas tous, mais quelques-uns, ils voudraient bien un peu des mots. ils sont un peu en retard, il y en a déjà qui ont volé une grande partie. mais ces voleurs, loin d'être bêtes, ils disent au tard venus, si vous voulez, on vous écrit une partie du mot sur un papier, et on vous met ça dans un porte-document, et comme on aime le latin, on va dire que ça s'appelle un portfolio. et les tardifs, ils sont tout heureux, ils ont des porte-document avec des mots dedans. et les voleurs, ils ne sont plus voleurs, ça s'appelle des philosophes maintenant, ou des théologiens, ou autres choses, mais il y a plusieurs branches de voleurs. et ils vendent des bouts de mot aux gens aux porte-document. et ils leurs disent, vous pouvez les échanger, ou les revendre, ou les garder, ou les donner. peu nombreux sont ceux qui donnent. mais il y en a quelques-uns. et les philosophes ils disent que ceux qui portent les mots achetés ça s'appelle des citoyens, même ils écrivent que les vrais mots ce sont eux qui les détiennent. ils disent nous disont vrai car nous avons les vrais mots. vous, les citoyens, vous n'avez que des copies, des prêts. mais vous pouvez échanger et vendre tant que vous voulez, mais vous nous devez ces mots, ces mots que vous portez en document, en folio.
elle a honte de l'écrire, tellement c'est évident, mais ça c'est le début de l'histoire. c'est au tout début des mots, de la manière dont ils sont stockés. avant tout le monde avait des mots, et ils les donnaient, ils en recevaient, des fois pour recevoir un mot, il fallait en dire dix, mais la fois d'après, en disant rien ils en recevaient cent, ça dépendait des fois. c'était joyeux, hop quelqu'un disait t'es bonne et on lui disait parle pas comme ça de ma fille petit connard. ou il disait rien et on lui disait vient par là mon petit mignon, je vais te chérir comme nul autre ne t'as enrichi. ça dépendait. mais un jour, et c'est là qu'est notre début dit-elle, ils vinrent et dirent que tel mot devait correspondre à telle chose. avant les gens étaient un peu cons, ils n'avaient aucun sens de l'économie. pour avoir un mot ils en disaient parfois des centaines. ils savaient pas jauger, pas évaluer. et les voleurs ils arrivent. eux ils inventent un truc ça s'appelle l'économie. on prend un mot et on lui donne une valeur. par example, il y en a un qui arrive, et il dit, une idée, c'est une chose qui n'est pas autre chose que ce qu'elle est. voilà, shlack, c'est économique. en quatorze mots il dit ce qu'est une idée. et les autres ils sont pas tous d'accord, mais comme avant ils devaient boire beaucoup, et parler des fois pendant des jours avant de dire ce qu'était une chose, pour se mettre d'accord en somme, ils sont d'accord quand même. parce que ça simplifie quand même les choses. et ils sont un peu paresseux. ils se disent, il a fait le travail pour nous alors on est d'accord. et l'autre il dit, j'ai fait le travail pour vous alors vous me devez. vous pouvez emprunter mes mots, mais faut dire qu'il m'appartient, sinon je vous fous hors de la cité. c'est un autre truc de l'économie la cité. c'est encore une histoire de travail et de paresse. ceux qui disent avoir les mots, ils font des murs aussi, pour pas que les mots s'échappent, pour mieux les garder dans la bourse. et c'est vrai que c'est moins fatigant. il y a désormais des gens, les paysans, et ils font à manger pour les autres. tout ce qu'il faut faire, c'est avoir des mots, on les échange et on nous donne des pièces en retour. et avec les pièces on peut manger. mais seulement si on gère bien les mots. au bout d'un moment, les gens oublient les mots, ils ne pensent qu'aux pièces, parce que faut bien bouffer.
et ça se passe comme ça, pendant des siècles. il y a de temps en temps des gens qui disent que les philosophes ils ont volés les autres, qu'ils se sont tout approprié. c'est gens-là, c'est les idiots du village. ils sont même pas dans la cité. on rigole, les gens disent ah! il est rigolo celui-là! un vrai blagueur.
les gens, ça les fait rire parce qu'ils sont gênés. quelque part, ils se souviennent qu'avant les pièces il y avait des mots. mais c'est trop de travail, alors mieux vaut la fermer. en plus, avec le temps, les pièces n'égalent plus les mots. avant une pièce égalait un mot. et maintenant même avec des centaines de pages de mots, c'est pas sûr d'avoir une pièce. c'est pour ça que ça fait rire les gens.
des fois quelqu'un pour dire elle écrit il. là, les gens ils rient tellement, qu'ils mouillent leur pantalon. ça les fait rire parce que les philosophes ils disent que elle c'est elle et pas il, alors ceux qui disent l'inverse c'est des idiots. ils disent nous on est sage parce qu'on est les amis des amis de la sagesse. alors on dit elle pour elle et il pour il.
c'est à ce moment là de l'histoire qu'elle avait honte autrefois. avant, elle se retirait dans sa chambre et elle pleurait. parce qu'elle n'était pas sage.
désormais, elle continue son histoire dit-il, parce qu'elle est gênée pour les rigoleurs. mais ça ne l'a fait pas rire, au contraire.
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