Charles Pennequin et Armée Noire

internet

100% light (Génération survivor)

22/02/2009 - 22:27
Nous étions la génération à qui plus rien n’arrive. Nous étions la génération poste-moderne. La génération qui cause dans le poste. Nous étions ceux à qui on ne la fait pas. Les diogènes de circonstance. On savait comment profiter de tout. On n’allait pas non plus faire semblant d’y croire.
 
On pensait sincèrement ne plus croire en rien
Puisque, pour être sincère, on n’y avait jamais cru
Enfin
Ça, c’est ce qu’on avait toujours voulu croire
 
(Mais peut-être eût-il fallu y croire un peu, dans le rien, pour qu’enfin quelque chose advînt)
 
Nous étions la génération du foutage de gueule. Tout le monde se foutait de la gueule de tout le monde. C’était général. Mais personne n’avait vraiment envie de rire. Sinon de ses propres blagues.
 
Nous étions la génération des réseaux, des flux, du plantage de couteau virtuel. Nous étions la génération qui virtuellement se plante. Virtuellement plantée. On n’y croyait plus. Encore une fois. Tout était permis.
 
Nous étions la génération des affinités électives. Mais dans un sens nouveau. Beaucoup sont élus. Et bien peu survivent.
 
Nous étions la génération de la hantise. On n’avait jamais connu la guerre. On n’avait jamais connu la famine ni les grandes épidémies. Nous étions la génération de la peur dont l’objet sans cesse se défile. Nous étions la génération des angoissés qui rient mornes. On jouait à cache-cache avec des fantômes.
 
Nous étions la génération light. Nous faisions des régimes et nous mangions équilibré pour mieux passer à la télé. Et nous passions tous à la télé depuis que nous vivions dedans. Certains pensaient qu’internet avait gagné contre la télé. Mais c’était faux. Internet n’était qu’une extension de la télé. Nous y étions tous. Nous existions dedans (marrant ça, ek-sister dedans). Pour mieux effacer ainsi toute trace. Nos traces virtuelles, nos IP étaient en fait notre meilleur moyen de disparaître complètement. Une fois le jus coupé, nous ne laisserions rien derrière nous. Nous expérimentions le suicide collectif. Sans pleurs et sans reproches.
 
Ce n’était plus : quelque chose plutôt que rien. Mais bien plutôt : how to disappear completely (comme le chantait je ne sais plus qui).

 

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