Charles Pennequin et Armée Noire

france

La france pue des pieds

13/11/2008 - 23:42

Je veux dire que samedi dernier je suis allé aux vestiaires, je veux dire qu'on m' a contacté par courrier électronique pour participer bénévolement aux vestiaires qui avait lieu samedi dernier, je veux dire que le vestiaire est un lieu avec des tas d'habits, des cartons et des chaussures et des couvertures et des tas de chaussettes et des manteaux et tout ce qu'on peut trouver comme tas de vêtements dans un vestiaire , je veux dire que 500 personnes attendaient à l'entrée avec un ticket, avec un numéro, attendaient coincés derrière des barricades, par groupe de vingt je veux dire que par vingtaine des gens arrivaient pour se rhabiller, peut-être même plutôt se changer; je veux dire qu'un vestiaire c'est fait pour se changer, c'est pas un magasin c'est pas h et m, je veux dire que c'est fait pour changer d'habit, c'est pas un magasin c'est pas fait pour changer l'habit, mais pour changer d'habit, je veux dire échanger des loques de misère contre un habit quelconque mais un habit propre car il faut être bien habiller pour habiter nulle part, je veux dire habiter à calais car il faut être habiller pour habiter nulle part, car à calais il n'y a nulle part où habiter, car calais c'est calais mais c'est surtout la france, je veux dire que calais est une ville qui est en france, je veux dire qu'on peut habiter nulle part en france mais il faut être habillé, on peut habiter le terrain vague la jungle le bois le carton la palette sous la bâche la tôle l'interstice n'importe où mais à l'abri, je veux dire que l'habit est un minimum pour rester debout, je veux dire que n'importe lequel des êtres humains est un être debout et que d'être debout sous la pluie est possible avec un habit, au minimum un habit de pluie; je veux dire que 500 personnes sont debout, je veux dire que par groupes de 20 ils viennent chercher de quoi rester debout, de quoi rester humain, je veux dire que n'importe quoi habille la misère, mais que ce n'importe quoi habille surtout la france, je veux dire que n'importe quoi et nulle part c'est 500 personnes debout, je veux dire aussi et surtout que c'est une question de survie qu'on ne vient pas aux vestiaires comme on va au magasin qu'on a pas le choix que le choix demeure un luxe, je veux dire qu'être habiller est une tenue, qu'être tenu maintient debout, je veux aussi parler de celui qui s'est assis sur le banc, celui qui se déchaussant parle d'une blessure au pied, un pied foulé ou cassé en tout cas suffisamment enflé, il veut dire qu'il a sauté d'un camion qu'il est mal retombé, que tombé fait mal et que mal tombé est douloureux et qu'il est mal tomber et qu'il est tombé en france et que tomber en france ou tomber pour la france c'est quand même mal tomber car ça dépend d'où l'on vient, je veux dire que ça pue, que son pied pue que cette odeur porte au coeur, je veux dire que ce pied à fouler le sol de france à marcher dessus, que ce pied pue, pue le sol de france qui fait puer les pieds, je veux parler de cette femme qui sans masque ni gants à bander le pied, je veux dire c'est pas saint louis c'est pas du judéo-christianisme ambiant, c'est juste le pansement, l'urgence du bandage, l'urgence du remettre debout, je veux dire c'est un pansement sur la puanteur je veux dire c'est un pansement sur la france.

 

 

 

au France

19/10/2008 - 21:56


"c'est quoi ces vers courts, ces petits excès d'émotions, ces petits jalons de traditions, hein c'est rien d'autre que du p'tit pain espèce de p'tit coquin va, va boire du vin et arrête de dire 'hein!' 'hein!', on dit excusez-moi on dit pardonnez-moi on dit pas hein comme un chien aboyant des heins à la lune comme un p'tit chien, t'es un chien alors ferme ta gueule ok, ferme ta p'tite gueule de chien, et ta chienne elle est où, elle fait encore chier son monde hein, hein quoi faut dire excusez-moi?!, mais pour qui tu't'prends p'tite fiotte, tu parles à ton père pas à tes tepo ou ta reum, tu parles à ton repe là, alors tu vas fermer ta p'tite gueule de p'tit con à la con, quoi je me répète? j'me répète si j'veux p'tit connard, et dire que j't'ai fait avec ta mère, j'aurais mieux fait d'me péter la gueule, au moins j'l'aurais pas monté et puis on s'rait tranquille. j'te d'mande c'est quoi ces p'tits vers courts là, hein? c'est de la poésie, mais t'y connais rien, moi j'suis poète moi, avec les collègues au France on est tous poètes nous, ouais des vrais, des vrais poètes, pas des p'tites fiottes pleines d'émotions, tu f'rais mieux d'faire moins de popo et plus de boulot. vous êtes tous des feignasses les jeunes, que des p'tites salopes et dire qu'on paye votre chomdu, quoi? vous allez payer nos retraites? bhen encore heureux p'tit connard, on vous a pas fait pour rien dit donc. va voire ta mère au lieu d'pleurer comme ça, tu'm fais honte! t'es honteux, va dans ta chambre faire tes p'tits vers de p'tite salope.” voilà c'que j'lui ai dit à ce p'tit connard de fils. eh ouais les mecs, moi mon fils i'm respecte ce p'tit con, il est trop sensible, comme sa mère, puis il boit pas ce p'tit salop sait pas tenir l'alcool, pas comme son père, fume même pas même pas du shit, s'il en fumait j'pourrais lui foutre des roustes mais fume même pas ce p'tit con, fait que des vers, des p'tites saloperies pleines d'émotions il dit, pleine de conneries j'lui répondis, hahaha, il m'a dit qu'j'avais fait simple, j'ai dit quoi, tu dis qu'c'est simple c'qu'j'dis? hein, au lieu d'émotions tu ferais mieux d'aller en formation, d'aller bosser, gagner ton pain, mais ils comprennent rien ces p'tits connards, rien du tout. puis on a beau faire, z'ont aucune éducation, savent pas dire bonjour ni merci, sont indisciplinés ces p'tits cons, ça fait chier mais qu'est-ce tu veux faire René, y'a rien à faire, on est foutu, c'est le progrès, c'est le progrès qui nous a tué, c'est le progrès j'vous dis. on était mieux avant va. z'ont pas connu ces p'tits cons, c'était pas l'Amérique pour nous, c'était 68, bhen c'était pas d'la rigolade la révolution! surtout pour nous, hein les gars, qu'on balançait des pavés à la gueule de ces p'tits étudiants d'mes couilles! ha les salauds z'ont bien presque tout fait sauter ces p'tits enculés, on aurait du les enculer, à sec, c'est eux les politiques maintenant, c'est ces p'tits connards de soixante-huitards, j'vous dis, n'aurait mieux fait de les enculer en 68, au moins ç'aurait réglé le problème tout de suite. bah quoi j'parle, faut bien, Gislain, faut bien qu'j'parle, il m'reste que ça, parler, ici, avec vous, devant mon demi, j'me fais chier toute la semaine pour nourrir ce p'tit connard au chomage et sa mère, elle aussi elle pourrait bosser, j'ai été trop bon j'vous dis trop bon trop con! v'là c'que j'dis. trop bon trop con! c'est moi ça, ouais les gars c'est moi ça trop bon trop con! puis c'est que même le demi il est pas donné maintenant, mais c'est la faute à ces soixante-huitards et leur Europe à la con, et leur euro d'merde qui nous fait chier, c'est dégueulasse de faire payer 3€ le demi, c'est des prix d'riches des prix d'riches, quoi j'me tais? tu veux que j'me taise p'tit con, toi aussi tu veux en prendre une, tu veux qu'j't'encule hein! alors ferme ta gueule avant que j't'éclate. fait moi pas chier, j'supporte plus, j'ai plus vingt ans,  y'a des trucs à cinquante ans qu'on supporte plus, les p'tits cons comme toi j'supporte plus alors tu la fermes ta gueule sinon j't'éclate ok. aller va t'faire enculer. va niquer ta soeur, va sucer ton père. quoi? mais bien sur que j'dis du mal de ta famille, j't'ai dit d'aller sucer ton père alors t'attends quoi hein, aller vas-y espèce de fiotte, jeune con va, casse-toi avant que j't'en mette une.

 

Eric Clémens, à propos de Pas de tombeau pour Mesrine (Al Dante)

10/08/2008 - 23:46

TROIS BALLES DANS LE TEXTE

 

SERVITUDE VOLONTAIRE VS. MEDITATION POETIQUE

 

Rien d’étonnant si Pas de tombeau pour Mesrine[1] commence par s’en prendre à la censure éditoriale, à l’incommensurable médiocrité romancière qui correspond à la commande des éditeurs, et s’il en donne d’emblée la raison sociale, l’asservissement volontaire : ce livre découvre une autre façon d’écrire et qui plus est une autre façon d’écrire une « biographie » ! Car son style est singulier, méditatif et poétique à la fois, alors qu’il se devait de raconter une vie en guise de tombeau…

 

Soit donc cette commande : écrire la vie romancée de celui qui fut l’ennemi public numéro, Jacques Mesrine. Et la résistance de l’écrivain Charles Pennequin « à l’incursion cursive dans le roman pour trous-du-cul ». Pourquoi cette résistance ? Parce qu’il s’agit d’inventer une fiction, pas de prolonger une hallucination. Que la figure médiatique de Mesrine ait été celle d’un assassin, d’un bandit de grand chemin ou d’un martyre, l’enjeu n’est pas là : ces trois figures plus ou moins combinées relèvent de l’imaginaire romanesque dont la fonction sociale est de marchander le spectacle par la projection narcissique – on sait l’affligeante domination de la dite « autofiction » dans la production française actuelle. L’enjeu apparaît dès lors : ne pas servir le spectacle, et s’élargit : résister à l’asservissement généralisé. Car le sujet réel du livre est là : dans la question posée à la mort spectaculaire de Jacques Mesrine, au tombeau introuvable du fait de cette spectacularisation et, au bout du conte noir, à l’asservissement spécifique auquel elle a donné lieu.

D’où vient la servitude volontaire à l’époque où nous ne sommes plus censés croire en l’Un, tels les contemporains de La Boétie subjugués par le Roi, puisqu’après tout nous sommes des contemporains de la démocratie représentative ? Question que l’écrivain transcrit : D’où vient « l’étouffement généralisé » que manifeste la vie et la mort, fascinées autant que fascinantes, d’un truand ? Et la réponse, méditée et poétique, apparaît double : de l’époque et de la mort – « sa vraie tombe elle est dans l’époque »…

 

Notre époque, en effet, est « une sorte de couvercle (…) une mise en bière de toute époque un peu révolutionnaire, car notre époque est une époque de pensées révolues, nous sommes des révolus je me dis en marchant dans les allées du cimetière ». Or Mesrine a catalysé cette époque de façon redoublée : se révoltant contre « l’instinct de mort » (c’est le titre de son livre d’un journalisme des plus médiocres) et y cédant dans sa révolte même, par l’assassinat. Nul doute qu’il cherchait à s’évader de mille et une façons, de la prison comme de l’époque, refusant la passivité, l’attente, l’étouffement. Et cela explique la fascination dont il a fait l’objet : « premier de la classe morte de ceux qui ont l’instinct de vivre, il y avait qui sinon personne (…) il n’y avait que l’individu Mesrine face à cinquante millions de consommateurs, il y avait le Un de Mesrine face à tous ces numéros, et le numéro du président de la République ». Autrement dit, dans cette représentation imaginaire de Mesrine-Pennequin, la démocratie consumériste produit un anti-Un qui reste prisonnier de l’asservissement à l’Un : « il y avait le Un tout seul de Mesrine, face à la force, à toutes les forces » ! 

 

Parce qu’il ne sert à rien de se leurrer : dans le sursaut aveugle de vivre, Mesrine a cédé lui-même à l’époque, à l’idée d’une fin du « moderne » préparant le pire « post-moderne ». « Animal poético-médiatique, il faisait son numéro spectaculaire », jouant le jeu journalistique et torturant un journaliste, du même coup cédant à la mort, au fond de tout asservissement. Voilà pouquoi, « si Mesrine était là et qu’il se présentait aux élections présidentielles, il dirait peut-être ça, ne votez pas, mais butez-vous tant qu’il est encore temps, et sortez-vous du tas de votants ». Ce qui témoigne de sa souffrance, certes, mais celle de « l’homme démuni de lui-même, démuni de sa propre histoire, l’homme qui vit au temps de surveiller et punir ». Et qui ne survit que par la mort : « lui ce qu’il voulait c’est vivre, il voulait vivre et se venger de ce qu’on avait gangrené en lui ». La vengeance tue sans action, qui n’a lieu qu’avec les autres pour un autre commencement, sans même un faire poétique, qui n’a lieu que dans les langues des  autres : « Mesrine faisait de l’éthique à deux balles, c’est une sorte de poète, mais à deux balles, c’est un poète avec des barillets »…

 

En travers de cette fiction, l’écrivain Charles Pennequin nous aura effectivement forcé à dévisager notre propre asservissement. Le texte qui clôt le livre l’écrit en caractères gras : « Ça pue la ressemblance la France. La remouvance. Recouvrance de l’Etat. C’est l’Etat France. Ça pue l’Etat car la France ça rassemble. La ressemblance rassemble. C’est le ramassement de tout qui pue parce que ça s’oublie. » En travers du « pas de tombeau », cette fiction poétique médite sur la chance du « pas de mort » dans la vie, la sortie tenace mais lucide de l’asservissement dans le semblant. « Dans tout corps qui pue une idée qui est comme un bouchon. Et qu’il faudra faire sortir. » Pour gagner au dedans la pensée du dehors : « Toute la respiration du dehors. Tout le respirant qui pourrait faire que ça pense dedans… »

                             Eric Clémens

[1] Editions al dante, 2008, 87p.      

MEUTE

04/08/2008 - 14:00

la france est une bête

une vieille et grosse

une bête toute malade

la france est malade en bête

les temps l'attendent

les temps la rejoignent

lui tendent les temps

sont traqueurs la bête france est malade

la bête france meugle

la bête france la gueule ouverte

les yeux de la france les yeux gros

les temps la poursuivent

sont une meute

la meute est un mélange d'ignorance

qui entoure la bête france depuis longtemps

la bête france est isolée

la bête france s'isole

la meute l'entoure

la meute mord la meute mord mortel

les temps sont des oublis

les temps oublient la france

la france est seul

est une bête qui meurt seule

 

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