Charles Pennequin et Armée Noire

notes

Double cheese (notes sur un film)

11/09/2009 - 10:16

il a peur, peur de s'arrêter de parler et que tout le monde se rende compte de l'imposture, il pressent que l'humain lui-même est une imposture, il est au bord du gouffre métaphysique, alors il parle, il parle, sans jamais s'arrêter, il a peur que tout s'écroule, que tout son système de survie se casse la gueule, qu'une béance s'ouvre et se referme ainsi sur elle-même, résorption du bug humain dans la machine intersidérale il y a des millénaires, et il ne veut pas plonger, il résiste, il ne veut pas montrer cela autrement que par des mots, alors il parle, il parle, espérant recouvrir par ses mots ce qu'il voudrait pourtant faire comprendre par ceux-ci, c'est une entreprise folle, une impasse totale, il en arrive parfois au point où les mots ne veulent absolument plus rien dire parce qu'il sait qu'on doit vouloir dire quelque chose si on veut qu'ils disent quelque chose, il sent l'imposture jusque là, il reste alors toute la matinée le nez collé à sa fenêtre mentale incapable de composer la moindre phrase, il ne peut pas, mais il finit par trouver la combine, encore une fois, la parole comprimée depuis des heures, voire des jours, jaillit telle une source intarissable, il a besoin de sa dose, the addiction, la pire drogue de toutes, la parole qui n'en finit plus, l'imposture rutilante, le double cheese avant la nausée

(troubody @ live.fr)mer. 09/09/09
11h00, café, clope, soleil, il va encore faire chaud, et moi la chaleur ça me tape sur le système, vivement qu'il pleuve et qu'il vente,
pour te répondre, les patients de la clinique ne sont pas vêtus de blanc ni de bleu mais de simples vêtements de gens fatigués de la vie, à bout de souffle, mais je ne les entends plus guère depuis quelque temps, les médecins ont dû augmenter les doses...
c'est marrant, on se parle surtout lorsque tu es loin, je ne sais pas pourquoi, tu dois me faire flipper en fait,
mais c'est cool j'aime bien lire tes non-aventures moscovites, ça patauge entre la cuisine et la piscine, les bagnoles et la chambre...
DU SANG MAINTENANT !! DU SANG !!!

et comme il fait chaud, trop chaud

et c'est le soir et je m'emmerde

alors je regarde encore une fois le film sur le philosophe

il dit que si

par exemple

on est face à un danger imminent

quelque chose comme une menace explosive

un astéroïde qui fonce droit sur nous

la philosophie ne sert à rien

la science oui

si elle permet de trouver une parade

mais la philosophie

non

allongé

torse nu et poilu

dans son pieu

il dit que la philosophie c'est plutôt quelque chose de très modeste, quelque chose qui sert, par exemple, à tenter de reposer les problèmes lorsque la manière de les aborder ne fonctionne pas, ou pas bien, ou plus trop, par exemple, c'est quoi la liberté, la question de la liberté, comme ça, concept flottant gentiment dans les airs, c'est débile, ça ne veut rien dire, mais ce qu'il vaut mieux, déjà, pour commencer, c'est essayer de comprendre, qu'est-ce que ça veut dire, pour vous, être libre, et là, quand on fait le lien avec toute son analyse sur l'injonction de nos sociétés à jouir toujours plus, à devoir consommer des conneries mais en plus à être obligé de donner l'impression qu'on en jouit, ça tient, il pense, il s'ouvre des boulevards et il passe les vitesses

c'est le type qui range ses chaussettes dans sa cuisine à côté des couverts, c'est un malade, un freak, un taré lumineux

people are evil

love is evil

le philosophe fait une conférence quelque part à un des bouts du monde et il dit qu'il doit quand même bien y avoir un truc qui cloche parce qu'on imagine plus facilement la fin du monde, une catastrophe à l'échelle planétaire, on conçoit ça plus facilement que des changements non-catastrophiques, des changements qui permettraient de bousculer l'ordre du monde ou ce mouvement comme inéluctable, il prononce le mot capitaliste, puis il fait une blague, il aime bien les blagues, et il en a des bonnes

mais je n'ai les sous-titres qu'en anglais

alors je ne sais pas

peut-être que je n'ai rien compris

mais je crois que parfois le philosophe, un peu comme le poète peut-être, et pas très souvent non plus, mais parfois ça arrive, balance des fusées à destination indéterminée (f.d.i.)

pour que nous aussi
nous soyons
un peu
vivants
(c’est(-à-)dire)

 

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